Quora, l’humour et les références potaches

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Image via Wikipedia

Ce billet est une traduction depuis l’anglais de l’analyse que Xianhang Zhang a fait du rôle de l’humour sur Quora. Toutes les intuitions sont les siennes ; je suis le seul responsable des lourdeurs dans l’expression.

« À l’origine de cet essai, une rencontre impromptue avec Ben Newman, ingénieur à Quora, à bord d’un train. Au cours du voyage, nous avons eu une conversation intéressante sur les attitudes de Quora à l’égard de l’humour notamment (ils sont assez austères) et pourquoi ça a été le cas. Les employés de Quora avaient réfléchi très attentivement à la nature de l’humour et à ses effets sur les communautés. Leurs procédures sont en réalité conformes à  leur paradigme. Je ne vais pas tenter de parler au nom de Quora à une fraction d’utilisateur, contre de 20 minutes il y a quelques semaines, mais leur vision ne me rappelle mes positions à l’égard de l’humour sur le web.

« Internet est un groupe social. De même que certaines personnes s’identifient comme Afro-américaine ou Asiatique-américaine, il y a un sous-ensemble de la population pour laquelle il serait plus exact de les désigner comme Internet-américaine. Tout ceux qui vont régulièrement en ligne ne font nécessairement pas partie de ce groupe. La plupart des gens ne sont que des touristes ou des migrants pendulaires : ils arrivent, ils passent un peu de temps, mais, à la fin de la journée, ils rentrent chez eux, dans leur vie réelle. Pour l’Internet-américain, Internet est, au moins en partie, leur vie réelle et être loin de leur clavier ressemble à une culture étrangère.

« Comme la création de toute nouvelle nation, les citoyens de l’Internet sont hétéroclites. Certains ont été attirés par la promesse de terres vierges, encore à explorer, d’autres par la promesse d’une nouvelle identité. Mais comme toute nouvelle colonie, les plus dominants de loin sont ceux qui sont venus pour échapper à l’oppression de leur patrie. Ce sont eux qui se sentaient sous-estimés, méconnus, ignorés ou maltraités par leurs pairs du monde réel et ont trouvé refuge chez leurs proches en ligne. Ensemble, ils ont construit une culture alternative, celle qui a été un camouflet délibérée contre ceux qui les avaient rejetés. C’est à partir de ces fondations qu’une souche particulière de la culture Internet est née et les effets de cette évolution se font encore sentir aujourd’hui en ligne.

« Explorer pleinement l’ampleur de cette entité sociale seraient un travail de titan. Pour ce billet, nous allons nous pencher sur les conséquences d’une telle évolution dans le contexte de l’humour et comment il est devenu opérationnalisé d’une manière qui peut sembler familier à ceux qui ne sont pas citoyens de l’Internet.

« Dans la vraie vie, la quasi-totalité de nos occasions de déployer l’humour sont des gens qui nous connaissent déjà ou souhaitent mieux connaître. Alors que nous utilisons l’humour dans beaucoup de buts, ce qui est crucial c’est réaction du destinataire. En général, l’humour est déployé pour faire plaisir à des tiers.

« Sur le web, les affordances de l’interaction sont différentes. La plupart de nos interactions en ligne sont avec des gens que l’on ne connaît pas et avec qui on n’est pas totalement en empathie. Humour se déplace d’une activité de liaison vers un geste performatif. Ce n’est pas tout à fait sans précédent dans nos mondes hors-ligne. Si vous écoutez des entretiens avec des humouristes, ils se sont souvent tourné vers l’humour comme un mécanisme de défense pendant leur enfance. C’était le moyen qu’ils avaient trouvé pour détourner les préjugés ou attirer l’attention. L’humour était une façon pour les humouristes pour s’assurer de leur valeur et de se prouver à eux-mêmes leur supériorité. Pour comprendre l’humour sur le web, c’est comme ça qu’il faut regarder les choses.

« La grande majorité de l’humour sur le web comprend des mèmes, slogans, remixes et de la répétition. « All your base are belong to us », lolcatz, goatse et le reste. Certains d’entre eux sont drôles. Avec la profusion énorme caractéristique d’Internet, ce serait le comble que certains d’entre eux ne soient pas drôle. Mais la majorité ne le sont pas. Ce sont des cliché fatigués, battus à mort plus que des blagues. Pourquoi persistent-ils, alors ? Parce que leur but n’a jamais été d’être drôles ; votre amusement n’est jamais la première préoccupation. Non : ils existent comme attestation de citoyenneté. C’est l’affirmation d’une appartienance à un groupe au sein duquel l’ensemble des mèmes forme le langage commun, et où l’humour est à la fois simultanément inclusion de ceux qui détiennent la référence et exclusion pour ceux qui ne l’ont pas. Ça n’est pas par hasard que Family Guy est un dessin animé particulièrement aimé par les citoyens à Internet : la moitié des blagues repose sur des simples références souvent obscures à des phénomènes culturels pop.

« La grand contingent de l’humour sur Internet est pédant. Poser une question sérieuse sur Internet, et vous avez une chance, faible, d’obtenir une réponse sérieuse, mais on peut être sûr d’une série de réponses stupides qui répondent à la lettre de la question tout en évitant l’esprit. Encore une fois, indépendamment du fait que la réponse était sérieuse ou subversives, le but n’était presque jamais d’être utile, mais de valider sont habileté. Répondre sérieusement assure votre réputation en tant qu’expert en mesure de commenter intelligemment sur un domaine, mais plaisanter est beaucoup plus facile et vous monte sur une plateforme d’où faire briller votre esprit. C’est pour ça —d’après moi— que Quora extirpe impitoyablement la parodie des réponses. À chaque question, seules quelques personnes détienent  l’expertise suffisante pour fournir une réponse sérieuse, mais n’importe qui peut se moquer et, tandis que quelques-uns sont véritablement drôle, la plupart n’auront que lancer une tentative paresseuse pour en tirer de la reconnaissance gratuite et auto-satisfaite.

« Jusqu’à présent, j’ai fouillé les deux types d’humour en ligne, mais le même principe général s’applique à presque tout ce que les citoyens d’Internet écrivent, à la fois en ligne et en-dehors. L’humour est purement opérationnel, afin de manifester sa valeur, son intelligence, son sentiment de supériorité. Il n’est pas là pour plaire ou amuser (sauf dans la mesure où ces réactions servent l’objectif opérationnel), car il est rare que vous cherchiez à réellement apporter quelque chose.

« Je tiens à souligner de nouveau que ce n’est pas une description de tout l’humour que l’on trouve en ligne : c’est juste celui déployé par le segment de la population que j’appelle les citoyens de Internet. Au fil des années, ça a été intéressant de voir les touristes sur le web submerger les citoyens, comment les différentes cultures ont fusionné et se sont adaptées. D’une certaine manière, elle reflète l’intégration de la culture Afro-américaine dans le courant dominant à partir des années 60 jusqu’à aujourd’hui. La plupart des personnes à l’aise en ligne sont familiers avec le jargon et les conventions des citoyens sur Internet aujourd’hui et certaines d’entre elles sont rentré dans le courant général, tant est si bien que les origines en sont maintenant troubles. Dans le même temps, des communautés entières se forment qui ne découlent pas de l’héritage de la culture Internet et ne veulent rien à voir avec cela. Ils découvent pour leur plus grande surprise, que les terres qu’ils pensaient vierges et inhabitées sont occupées par des indigènes, lesquels ne sont pas très contents de l’intrusion.

« Je pense que pour quiconque tente de déployer une communauté en ligne actuellement, c’est essentiel d’être au fait des différentes factions et groupes d’intérêt qui occupent le Web, et comment ils peuvent réagir on ignorer vos efforts. Les dix dernières années a été jonché de cadavres d’entreprise naïves de construction communautaire qui, se sont avneturé par inadvertance dans ces marécages, comme Chevrolet avec la campagne Tahoe « Faites votre propre annonce », le classement du Times manipulé par 4chan, ou M. Splashypants, parmi des centaines d’autres. J’espère que ce rapide panorama ethnographique offre une idée de la façon de naviguer sur Internet et de traiter efficacement avec les indigènes. »

Les interprétations du billet n’ont pas été validé par les responsables de Quora, mais l’approche officielle est plus claire dans ce cadre : l’humour est bienvenu quand il est compréhensible par tout un chacun, et aide à la compréhension (le cas auquel je pense, c’est une inversion les rôles où l’humour désamorce la tension). La traduction de ce billet révèle l’Américano-centrisme de cette communauté culturelle (Hang est Australien d’origine chinoise) par exemple, mais souligne qu’elle est le fruit d’une discrimination dont il faut avouer chaque pendant afin de la résoudre.

Si vous êtes curieux de savoir ce que sont les ‘LolCatz’ ou le reste de la culture « Interneto-Américaine », voyez Encyclopædia Dramatica et Know Your Meme — deux ressources que je ne saurai conseiller aux âmes sensibles : la plupart des références sont absurdes, mais quelques unes sont incroyablement choquantes, dont « GoatSe » cité plus haut, une photo en gros plan d’un anus distandu à l’extrême ; dans le même genre, « 2 girls 1 cup » est une vidéo de coprophagie. Une vision plus représentative de ce groupe peut être trouvé sur reddit, un groupe de discussion de l’actualité : les événements politiques contemporains y sont débattus fiévreusement au même titre que des aventures personnelles, mais tous les traits de ceux qui se sentent « à l’étranger loin de leur clavier » émergent comme leur extraordinaire générosité dans les deux mondes, et leur implication civique particulière en essaim anonyme, masqué ou non.

Pour commenter en anglais avec l’auteur Xianhang Zhang, voyez son billet original ; sinon, je transmettrais la discussion qu’on trouve ici. Je reste le seul responsable des erreurs de frappe.

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A propos Bertil

I'm a PhD student in Digital Economics, and I love viennoiserie. Je suis un doctorant en économie (numérique) et j'aime la viennoiserie.
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5 commentaires pour Quora, l’humour et les références potaches

  1. Ping : Quora — Juste pour vos yeux. | Deux croissants

  2. Bertil dit :

    Hang a écrit ce billet pour commencer une série hebdomadaire d’analyses similaires. Si le sujet vous intéresse (disons plus que 300 visiteurs sur ce billet) et que l’anglais vous rebute un peu, ou que vous pensez qu’un débat francophone est utile, n’hésitez pas à me demander d’en traduire davantage.

  3. Ping : C’est quoi ton métier ? | Deux croissants

  4. Ping : Quora — Utilisation de base | Deux croissants

  5. Netspring dit :

    Cette histoire de communauté internet et des usages qui y ont cours à l’intérieure est vraiment intéressante. Je me reconnais bien dans le portrait du citoyen de l’internet, y passant une bonne part de mon temps et m’y étant fait des amis. J’ai l’impression qu’il y a une compréhension vraiment différente de l’internet vis-à-vis de celle de mes amis de l’extérieur, qui ne sont pas plongé dans (je ne parle que du côté social, pas technique).

    Cette différence se retrouve dans le comportement des nouveaux, et de l’humour entre membres, deux sujets traités sur ce blog.

    Dans les communautés auxquelles j’appartiens j’ai pu remarquer que l’humour était réservé aux anciens, qui pour la plupart se connaissent en dehors du forum. Même si une blague identique pourrait être faite par un nouveau, les retours dépendent autant voire plus de l’émetteur que du contenu (the medium is the message). Il faut en quelque sorte être autorisé, de manière tacite, pour pratiquer la discipline.
    Ce qui se justifie au niveau communautaire comme un garde-fou nécessaire à la qualité du contenu. Ce n’est cependant pas forcément bien apprécié par les nouveaux membres, de même que les règles de courtoisies minimales (rechercher avec de poster, écrire dans un français correcte, …) sont souvent peu respectées.

    La plupart des jeunes inscrits (tant par rapport à leur inscription que par rapport à leur âge réel) ne connaissent pas d’autres applications de l’internet tels que usenet ou irc où ces règles sont également très présentes, et ne sont pas forcément au courant des règles qui appliquées en dehors du web des bisounours (youtube, skyblog, facebook, …).

    Sur ce je retourne mater du pr0n sur /d/ 😀

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