Je l’ai vu, finalement

J’ai enfin vu hier soir The Social Network, et ça m’a fait tout drôle : j’avais passé la journée à réfléchir comment persuader Adam D’Angelo et Andrew ‘Boz’ Bosworth (qui semblent apparaitre dans le film) de changer un détail sur Quora, et implicitement ailleurs, (obliger les critiques à être plus spécifiques).

Voir une telle déformation de la réalité est choquant, mais plus généralement, le film va très vite et surtout passe d’éclats de génie à des déceptions violentes. Lire la suite

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Participation sur InterMédias

Je suis passé rapidement à la radio belge ce matin. J’ai été supris par le peu de concertation avant, et déçu par le manque de perspective face aux anecdotes de départ. Un détail m’a choqué : un des intervenant a dit que Facebook avait peu innové techniquement, ce qui est loin d’être le cas.

La Radio belge francophone La Première diffuse une émission hebdomadaire sur les nouvelles technologies, interMédias. Les présentateurs m’ont proposé de participer ce matin, avec Yves Baudechon et Thierry De Smedt sur le thème « Qu’est-ce que Facebook a changé pour vous, au plan privé ou professionnel ? Pourquoi l’avez-vous rejoint ? Pourquoi l’avez-vous quitté ? ». Si vous avez la curiosité, vous pouvez maintenant l’écouter. Lire la suite

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Qui cherche trouve…

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Mêmes les experts semblent insensibles aux problématiques autour de Facebook

L’Atelier des Médias propose un échange autour des peurs que suscite Facebook. Il y avait trop d’incompréhension pour que je ne réagisse pas, et en particulier, j’y ai entendu toujours la même accusation absurde de “vendre des profils.”

La plus importante erreur, qui revient dans tous les discours sur la société (et étrangement pas du tout sur les conversation similaires sur Google, alors que le dispositif est très similaire) c’est de penser que “Facebook vend des profils détaillés” comme on vendrait des esclaves dociles sur catalogue. Ça n’est pas vrai ; ça n’est pas techniquement possible ; ça n’est pas envisageable dans la pratique ; ça n’est légal dans aucun pays ; ça n’est pas dans leur intérêt ; ça n’est pas ce qu’on leur demande. Facebook propose à ses annonceurs de cibler leur message, d’une manière exceptionnellement fine — mais de fait, elle a en réaction été la première société a mettre en place un seuil qui empêche de cibler une population si étroite qu’on peut en identifier les membres. Ça n’est pas leur intérêt de fournir assez de détails pour permettre à l’annonceur de les court-circuiter. Ça n’est pas dans l’intention de la plupart de l’annonceur (majoritairement locaux et très petits) de gérer une telle liste explicitement eux-même, ça serait un risque juridique considérable pour eux de le faire, malgré les incompréhensions autour de leur licence d’utilisation, mais surtout, ça serait une source de scandale sans précédent.

Google propose, avec des outils d’analyse, un service assez similaire pour filtrer et choisir les mots-clés autour desquels communiquer ; la société a des profils personnels très détaillés de ses utilisateurs inscrits comme membres (pour voir sur quelle base ces profils sont établis, voyez Google Dashboard) et personne ne les accuse de les vendre — preuve supplémentaires que les paniques morales se déclenche en fonction de ce que les gens voient, plutôt qu’en fonction de ce qui aurait du sens. Il y a un seul connu cas de ciblage individuel, sur Google en l’occurrence : c’était un publicitaire qui, pour se faire recruter, a passé une annonce autour, comme mot-clé, des prénoms et noms des dirigeants des grands groupes de communication — espérant attirer leur attention quand ces grands à l’estime de soi d’argile regarderaient leur réputation dans le miroir en ligne. Son truc a marché, mais reste une tarte à la crème.

Est-ce qu’il y a la possibilité de dés-anonymisation et de fuite ? Oui, mais sur des bases de données proposées à des fins d’analyse, comme le NetFlix Prize. La position de Facebook sur le sujet a été limpide quand Peter Warden a agrégé l’ensemble des informations publiques (aucune donnée “privée” donc) et la soumettre aux scientifiques : non, et on vous enverra les chi… avocats.

Il y a eu des accusations de fuites sur Facebook, jamais totalement claires — et la seule qui m’est apparue substantielle est récente, sur une fonctionnalité mal comprise : le bouton “Like” renseigne votre profil public ; on ne peut pas le cacher, ni a un inconnu, ni à l’annonceur intéressé par cette information. Comme tout internaute, il peut accéder à votre profil public ; contrairement à l’immense majorité des internautes, ça l’intéresse — et c’est sous l’angle de cet intérêt qu’il faut comprendre la plupart des problèmes de confidentialité.

Les gens qui veulent voir vos informations personnelles sont beaucoup plus vos proches, qui sont en général déjà vos Amis (je reprends la convention introduite par boyd & Ellison de désigner avec une majuscules les connections formalisées sur le site) ; l’outil pour éviter le gros des difficultés est donc le filtrage négatif ciblé (et une constante option de déni d’un filtrage volontaire, puisque ces proches peuvent toujours apprendre des détails par des tiers) mais cet outil n’est pas utilisé, parce que trop lourd. On retrouve là l’ironie de l’innovation : Facebook permet de communiquer sans se poser la question des destinataires, donc ces utilisateurs qui la veille de leur inscription savaient tenir compte des susceptibilités de chacun quand ils parlaient en public trouvent d’un seul coup trop sophistiqué d’imaginer qui ne devrait pas entendre ça. L’équilibre des efforts d’interprétation dans l’économie de l’attention est un exercice permanent en nano-utilité.

En réalité, la perception très négative du site entraine une panique morale qui, comme la panique sur les prédateurs sexuels en ligne, masque un réel apprentissage des intéressés.  Des employés indélicats ont été renvoyé : c’est peu — et je ne pense pas qu’ils l’auraient été avec moins de violence s’ils s’étaient vantés de leur abus auprès de leur collègues, ou qu’on aurait accusé la machine à café de leur comportement ; pendant ce temps-là, j’ai découvert la musique qu’aimaient mes collègues et notre passion partagée pour le vélo, j’ai appris à parler plus intelligemment de l’Islam ou d’Israël par le même biais et le recrutement de témoins est grandement facilité pour la presse. Des couples infidèles se sont séparés ; c’est triste, mais je ne sais pas si c’est regrettable. Je suis sûr en revanche que réseau de soutien qui s’est mis en place aussitôt après a été d’autant plus important grâce à Facebook. Il y a des cas violents dans des sociétés où les filles sont contrôlées, et où le flirt est proscrit — mais ces histoires masquent l’évolution dramatique des mœurs qu’ont permis ces technologies. Des menaces graves évoquées, comme le cambriolage, n’ont pas l’air d’avoir fait un bond. La situation d’une épouse séparée qui ne souhaitait pas que son mari sache où elle est, qui a été trahie par Google Buzz — un cas heureusement très rare, mais emblématique des difficultés — est parfaitement couverte par la fonctionnalité de bannissement… Il y a un apprentissage de l’intimité qui est nouveau, douloureux à apprendre, mais incontestablement riche et prometteur.

Mais revenons à nos moutons : pourquoi rendre les “Like”s publics ? Pour ne pas avoir à justifier un accès par des publicitaire peut-être, mais aussi pour contrer les arguments comme ceux, très intelligent et bien construit, de Fabrice Epelboin ou de Olivier Ertzscheid sur le Like tuera le lien. Facebook cherche à arbitrer entre d’un coté le droit de ses utilisateurs à ne pas montrer leurs informations sans s’en rendre compte et de l’autre la valeur ajoutée que promettent d’apporter des tiers : dans le cas de boutons à l’extérieur de son propre site, le service a estimé que leur positionnement comme plateforme était assez manifeste pour avantager l’innovation. Mais seulement, on a d’un coté une société qui doit faire des choix clairs et systémiques, et de l’autre des intellectuels qui n’hésitent pas, dans la même conversation, à reprocher d’un coté à la société de révéler de l’information personnelle, et dans le même souffle, à reprocher qu’ils les masque par défaut à des services tiers — plutôt que de lister quels informations sont publiées et de détailler les raisons qui motivent cet ordonnancement.

Facebook est une plateforme qui s’ouvre à toute vitesse, pour permettre à ces tiers de proposer à ses utilisateurs des outils ou des jeux qui exploitent le graphe social que Facebook gère pour tous.

Les problématiques liées à cette gestion sont assez différentes de ce que ce panel a discuté — et c’est ça qui m’inquiète le plus. Symptomatique, mais anecdotique, c’est l’idée que Mark Zuckerberg  focalise sur “un milliard d’utilisateurs” : c’est faux, et il l’explique lui-même très bien. C’est un geek qui pense en ordre de grandeur et il a déjà atteint neuf chiffres ; l’ordre suivant ne serra atteint qu’avec 0.facebook.com, l’accès subventionné pour portable dans les pays en voix de dével… à connexion majoritairement cellulaire.

Ce qui compte, c’est que les utilisateurs sachent qui parmi leurs amis sont membres, pour se lier à eux, et que le service soit aussi utile pour eux que possible, sous la contrainte des inscriptions : ce qu’en économie on désigne comme l’anticipation. Le meilleur test de ça (quand on n’a pas accès à la base de donnée interne, mais même quand on l’a) c’est de comparer le nombre de “C’est quoi ton numéro de portable ?” ou le nombre de demandes de mise en relaton le lendemain, par opposition au nombre de “Est-ce que tu as un téléphone portable ? / Est-ce que tu as un compte Facebook ?”  Un critère interne important pour déterminer d’adoption dans un pays, c’est la proportion d’amis qui sont aussi des locaux. Même quand la France où les Pays-Bas (deux très gros succès locaux) étaient à quelques pour-cents d’adoption,  ils savaient que le service marcheraient bien parce que ce paramètre changeait très vite. Facebook est encore en Russie, en Corée du Sud ou en Chine, un outil qui permettait à quelques curieux de garder le contact avec leurs amis internationaux; quand il est adopté localement, ça devient un outil pour décider quoi faire le week-end suivant — consommer, manifester, prendre un verre : le dispositif central que Facebook souhaite devenir à court terme, mais pas l’intention finale de Mark Zuckerberg.

Lui a été très clair auprès de qui voulait l’entendre (depuis 2005 environ, et son abandon de WireHog, d’après David Kirkpatrick, donc je relis le bouquin une seconde fois avant de publier mes commentaires) que son but est d’être dépositaire de l’identité en ligne de chacun. (Plus exactement, il souhaite que chacun puisse affirmer de manière crédible qui il est : un dispositif distribué —comme Diaspora, OpenID, etc.— qui permettre à n’importe qui de distinguer le vrai Bill Gates parce qu’il est ami avec Steve Ballmer, et officiellement reconnu comme ancien employé par Microsoft lui conviendrait. Il n’y a pas encore de solution qui permettent de faire ça mieux qu’un système exclusif, donc Zuckerberg n’en parle pas, mais je pense qu’il y pense, qu’il en est capable à terme, qu’il le souhaite et qu’il saura décider quand cette ouverture là doit être lancé.)

Sur les détails d’un tel dispositif, il a des avis controversés sur les pseudonymes, et une opinion négative d’une gestion étanche des facettes (travail, famille, club) de chacun — il a surtout des données assez décourageantes sur les abus de l’un et l’adoption de l’autre. Ces positions sont défendables quand on comprend le risque que présente l’Astroturfing (du nom de l’herbe synthétique, par analogie avec les grass-rout mouvements) : faire passer des employés, souvent temporaires pour des fans de tel parti, produit, service.

Les peurs autours des usurpations d’identité, homonymes et autres sont beaucoup plus riches et nombreuses que ce qu’on peut imaginer de l’extérieur : Facebook a du lutter contre des comptes établis au nom de personnes pas encore membres dès l’ouverture à des plages entières de courrier, par exemple — ou plus simplement des révélations au travers de connexions établies par des faux profils, rendus si attractifs que beaucoup d’utilisateurs prennent le risque.

À un moment dans la discussion, Erstzcheid énumère les éléments publics : nom, prénom, photo, identifiant interne, institution d’appartenances et “Likes”. La liste paraît longue et inquiétante, mais : l’identifiant interne est une obligation informatique ; nom et prénom sont souvent dé-voyellisés ; de même, les utilisateurs inquiets savent mettre une photo de profil qui ne les représente que symboliquement — c’est dommage qu’il faille recourir à ces stratagèmes, mais pour les compenser et permettre à un tiers de reconnaître le profil d’un ami qui a des homonymes, Facebook a choisi de laisser aussi les institutions d’appartenance visibles. Leurs justifications à ce sujet montrent bien que ça n’est pas dans leur intérêt en tant que plateforme de le faire, mais bien le résultat d’une demande visible et exprimée de distinguer des homonymes. Ces situations sont rares en France, et (en tant qu’heureux détenteur d’une combinaison nom-prénom très unique) je comprendrais qu’on préfère déléguer aux utilisateurs le choix de clarifier la chose — il n’empêche : présenter ça comme la décision de Big Brother plutôt que de parler de crowdsourcing de l’identité, c’est projeter bizarrement le panoptique sur la situation. Leur principal actif par rapport à Twitter c’est précisément qu’ils n’ont pas à garantir à la main une marge infime des comptes de personnalités, mais qu’ils arrivent à assurer, de proches en proches, une identité crédible pour toute une longue traine de micro-célébrités.

Pour résumer : on accuse Facebook de problèmes qui sont en fait un manque de délicatesse avec ses propres amis, nécessaires à l’apprentissage du nouvel outil, et on néglige leurs propres problématiques de gestion d’identité.

Ces deux peurs ne sont pas un secret : elles sont omniprésentes et détaillées dans les témoignages des employés sur Quora.com par exemple — et au vu de la richesse et de l’honnêteté des réponses là-bas, je m’attendais à ce que au moins un des trois experts invités soient actifs sur ce site, même s’il est réservé (et que cette honnêteté a valu un contrôle du temps passé par les employés). Ironie supplémentaire : les réponses plus intéressantes sur Quora le sont du fait de leur auteur, et la garantie de cette signature est assurée par ce dispositif lui-même.

C’est pour ça que quand Epelboin en début d’entretient dénonce l’hypocrisie de Zuckerberg, qui se présente comme suiveur d’une tendance et non pas acteur, je ne le suis pas : oui, sa défense d’une ouverture constante parce que “Ça n’est plus ce que les gens veulent” est… disons “faiblarde” pour rester polie — mais Zuckerberg est parfaitement conscient de ce qu’il fait, voire un peu trop enclin à affirmer qu’il va apporter la paix au monde. Il y a là une trop grande simplification de sa communication par le jeune geek (qui ferait mieux d’apprendre auprès d’Obama qu’on peut prendre son audience au sérieux) et, par le blogueur, une sélection un peu étroite des déclarations du premier.

De même, que le bouton “Like” ne satisfasse pas l’idéal d’une démocratie participative est évident, mais prétexter qu’un ami de Chris Hugues ne comprenne pas ça, c’est un peu stérile. Le site a longtemps eu des groupes pour débattre, mais ils arboraient tous fièrement des intitulés revendicatifs, et toute adhésion controversés était mal venue. Les affirmations de sympathie remplissaient le mure, et la page “Discussion” était systématiquement non pas élégamment vide, mais occupée d’une phrase génialement cruelle : “Il n’y a pas de discussions ici.” Cette absence de débat vient donc d’une société revendicative plus qu’argumentative, des utilisateurs eux-mêmes. Je fais confiance à Barack Obama et Michael Sandel pour faire campagne dans le bon sens, et Facebook pour récupérer la question et mettre en place un outil adapté (probablement avec l’intervention de Chris Hugues, qui doit s’ennuyer.)

L’équilibre entre la responsabilité de l’expert ou de la plate-forme et la démocratie effective des pratiques et de la compréhension du service est délicat. On ne peut pas admirer une bonne idée qui n’est pas suivie, surtout sur un dispositif aussi dépendant d’effets de réseaux si particuliers et décisifs — mais on peut, quand on se voit confier un micro, chercher à tirer un peu plus les utilisateurs vers le haut.

Il y a pas mal d’autres détails dans le reste de l’émission qui m’ont marqué — mais qui sont moins essentiels :

Par exemple la chroniqueuse regrette qu’on ne puisse pas dire qu’on “n’aime pas” — tant mieux, ou plus exactement, tant mieux que pour manifester sont désaccord, il faille commencer un commentaire. Le choix n’est pas entre Aimer ou rien, mais entre Aimer, Négliger ou Commenter en son nom, ce qui pousse les utilisateurs à argumenter leurs désaccords plutôt que de propager des clichés. J’ai passé mon enfance avec des gens qui disaient que, comme musique, ils aimaient “Tout sauf le Rap”, prouvant ce faisant qu’ils étaient très ignorants de la culture Hip Hop, et masquant qu’ils écoutaient rarement autre chose que Radio Nostalgie, ou leur disque de Michel Sardoux.

La question « Quitter Facebook c’est quitter le web ? » aussi me pose problème : je ne suis pas sûr que “le Web” existe comme entité dont on soit membre. On ne quitte pas le web plus qu’on quitte le téléphone. Mêmes les deux milliards de personnes qui vivent tellement loin de l’idée de connexion ont accès à un Tonton portable, une Information Lady et “font partie” de l’info-sphère. Ma mère me demande régulièrement de “regarder les horaires sur [m]on… machin.” Dans cette société outillée, Facebook est une brique essentielle, non pas parce qu’elle est très adoptée (Google a plus d’utilisateur, et c’est rare qu’on se sente exclu parce qu’on utilise Bing) mais parce qu’elle est anticipée.

J’ai le même niveau de problème avec la dichotomie Privé/Public : rien n’est privé s’il suffit à un ami de copier-coller votre message sur son blog pour le rendre accessible au monde entier — seule notre capacité à faire comprendre à notre entourage les destinataires légitimes de notre communication nous protège (et leur propre incapacité à intéresser ceux qui peuvent nous nuire). C’est cette conception qui me fait dire à Olivier Ertzscheid : si cette histoire de photos est personnelle, alors j’attendais mieux. Un peu interdire à certains amis de tagueur des photos de soi, mais surtout, j’espérais qu’il professe doctement les conséquences possibles d’une telle documentation à tous ses proches.

C’est cette question intrinsèquement local qui rend la gestion des membres soumis à des régimes totalitaires délicat, comme le souligne si bien Fabrice Epelboin : ces régimes imposent des règles qui sont difficilement acceptables par un Californien, mais elles sont souvent soutenu par la majorité de la population, ou une frange très active. Il ne faut pas croire que malgré son jeune âge et son idéalisme embarrassant sur la question, Mark Zuckerberg est naïf : il a conscience de cette dimension, il en est fier et ne veut pas rater le coche ; il écoute des analystes politiques très solides, et même eux doivent avour que Social Media et politique vont un mélange détonnant, difficile à synthétiser.

Parler au futur de la Chine, ou de la Corée (du Sud, sic) c’est négliger ce qui se passe depuis des années dans les pays arabes. Au-delà de l’épisode curieux et pénible, mais révélateur dont Fabrice a été victime (et que c’est pratique d’avoir des para-tonnerres qui sont bien connectés aux autorités morales de la Silicon Valley) un nouveau type de protestation émerge, évoquée en Amérique du Sud dans les premières pages de The Facebook Effect de David Kirkpatrck, mais plus généralement rencontré au Moyen-Orient : le militant occasionnel, ou Cute cat politics. L’idée est que si un blagueur influent parle essentiellement de sujet triviaux, mais fait par de son indignation occasionnellement, il peut déclencher des réactions, sans qu’un répression contre sa plate-forme d’expression soit légitime. L’expression “Cute cat politics” vient d’une blagueuse égyptienne : elle parlait un peu de LolCats, beaucoup de sortie entre copines de la fac et certainement pas de torture par la police ; quand elle a commenté la violence des sanctions contre d’autres blogueurs un peu plus engagé, son cri a déclenché un ralliement qu’elle n’assumait pas plus que ça ; l’accuser elle aurait été excessif, et les abus semblent progresser grâce à un traitement progressif, implicite. Les émissions de télévision-crochet (que tout le monde s’entête à appeler de la télé-réalité pour des raisons qui m’échappent) ont permis de créer rapidement des modèles féminins qui vont dans le même sens d’une évolution progressive. C’est terriblement lent pour l’instant, et les dictatures savent exploiter ces outils pour infiltrer, discréditer et mater les revendication — mais je fais confiance à Zuckerberg pour assurer une accélération soutenue des progrès : il sait ce qu’il fait, il a plus de données et ses aspirations ne sont, soyons sérieux, clairement pas dictatoriales.

En parlant de manque de sérieux : je ne sais plus qui dans la conversation l’accuse d’être hostile à (des photos) d’allaitement. Vraiment ? Vous pensez qu’un type dont la génération a grandi avec de la pornographie dure à volonté en ligne dès l’âge de 12 ans a quelque chose contre l’allaitement ? Un type dont le premier fait de gloire est un HotOrNot-like ? Comme tous les bannissements, ces histoires-là ont été déclenchées par des utilisateurs. (Indice : des amies de mères d’enfants en bas-âge qui ne veulent pas voir de seins sur leur profil sont probablement des mères d’enfants en un pue moins bas-âge.) Les règles de décences étaient et sont les mêmes que dans la rue entre huit heures du matin et huit heures du soir en Californie (je précise, parce que passé huit heures du soir, il faut être plus ouvert d’esprit, il semble) : pas de tétons, de poils pubiens et de nu intégral. La règle est bête, donc efficace, et l’appliquer bêtement est nécessaire à son respect, donc les mères qui avaient la bizarre idée que ne pas masquer leur téton avec la tête de leur nourrisson sur leur photo de profil était un droit irrévocable ont eu une surprise — et elles se sont lâchement vengé sur le mur d’un groupe totalement homogène, plutôt que d’avoir le courage de s’excuser auprès de leurs amies qui ne voulaient pas avoir à parler expliquer à leur fils de 10 ans pourquoi leur zizi devenait tout dur quand il regardait les photos des amies de maman sur l’ordinateur. Et oui, après une analyse pénible de 1500 mots, j’ai le droit à des explications aussi crues sans pouvoir m’imaginer avoir encore des lecteurs à choquer.

Malgré mes nombreuses et importantes critiques, il y a beaucoup d’aspects positifs dans cette enregistrement : j’aime beaucoup l’image du vêtement, mais j’aurais plutôt évoqué le fait de mettre d’autres vêtements, dans un autre contexte, les sous-vêtements… S’il faut en croire Gaufmann, il a beaucoup à reprendre le modèle de théatralisation permanente.

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Témoignage partial de Carlo d’Asaro Biondo

La Tribune publie le premier entretien qu’accorde Carlo d’Asaro Biondo, le nouveau Directeur général de Google France. Sa société est toujours mal comprise, et il adapte mieux ses propos aux contextes français, mais pour la première fois de dix ans, je ne suis pas d’accord avec plusieurs des points émis par un dirigeant de la société donc voici mes remarques, mais lisez donc l’entretien d’abord.

« C’est ne entreprise qui est très concentrées sur ses clients. On a une vraie attention pour les Internautes en termes de qualité d’expérience, et pour les PME que l’on aide à grandir. La critique vient peut être de la taille et du succès.

Non : deux types de critiques abondent ; une est systémique sur le ré-assemblage (je reviens là-dessus plus bas) et vient essentiellement de la presse ; certains clients regrettent le refus d’établir des contacts directs en cas de problème techniques : seuls les annonceurs ont des interlocuteurs. Google a choisi de remplacer l’attention aux clients les plus revendicatif par un usage systématique des statistiques : ça n’est pas “une vraie attention”, c’est une attention médiatée par un outil incroyablement bien maîtrisé mais exclusif, donc dangereux. Je suis plus à l’aise face à une société comme Facebook, où Mark Zuckerberg raconte sans vergogne : “On ne s’était pas rendu compte que la procédure d’effacement d’un compte était ridiculement longue ; l’EFF a fait une vidéo et quand on l’a vu, on s’est dit ‘Il faut changer ça…’ ” ou plus généralement, il répond aux reproches en disant : “On s’est planté — laissez-nous changer ça.”

« Google est rémunéré sur la base d’un résultat qu’il apporte à ses clients. Le retour sur investissement des achats de mots clés se calcule très facilement.

C’est un point essentiel, sur lequel il devrait davantage insister, avec des graphes explicatifs et des chiffres.

« Il est possible que notre succès bouscule certaines positions et crée un peu d’animosité.

C’est la première fois qu’un responsable évoque cette jalousie, apparemment propre à la France : l’image de la société compte pour son succès, et le succès d’un écosystème ouvert (pas que je doute que les principaux concurrents le soient moins, cf. mon dernier billet en anglais). Il me paraît donc important que le responsable ai identifié le problème et, j’imagine, y réponde.

« Mais quand on dit que Google ne paie pas assez d’impôts en France, regardons d’abord ce qu’on apporte à l’économie du pays.
— Quel est votre « apport » à l’économie française ?
— [Réponse formatée.]

Là, je ne comprends pas qu’il n’ait pas de chiffres sous la main : la répartition des marges n’est pas difficile à discuter avec un panel d’annonceur, pour ensuite extrapoler à l’ensemble de l’activité — à moins que Google soit en monopole de fait, et que cette distribution soit inavouable. Les stipendes aux micro-entrepreneurs (50€) sont certainement plus un pied à l’étrier que de la générosité, mais comme tout le secteur de l’annonce ultra-ciblée que Google a créé, elles ont un impact mesurable sur le tissu industriel — à moins, encore une fois, que les histoires de niches, ne soient qu’un vernis…

« Google est un moteur de croissance pour les petites et moyennes entreprises dans des secteurs aussi variés que le tourisme, la production de biens où les médias.

Mon cours d’économie ne prévoyait pas un secteur ‘production de biens’ — en revanche, le tourisme et les médias étaient les exemples canoniques de destruction créatives à la Shumpeter : les deux ont été violemment désorganisés par l’apparition des moteurs de recherche. Dire qu’on aide les nouveaux venus à pousser, c’est vrai, mais c’est défendre la culture du brûlis, et ça laisse un goût de cendre dans la bouche de la majorité des acteurs historiques.  L’impact a long terme est très positif et je défends toujours autant l’action souveraine de Google, mais autant avoir la sincérité de Schmidt et raconter les deux cotés de l’histoire. Il semblerait que la chute de ces deux secteurs soient du à un effondrement de la qualité, suite à des concentrations financière dans des mains peu scrupuleuse, prises de contrôle qui précèdent de cinq à dix ans l’impact d’Internet — raison de plus pour parler de restructuration, ou de ré-émergence.

« Nos outils leur permettent de vendre à l’étranger sans avoir à constituer d’équipes de vente.

Non : Visa, MasterCard et l’extension internationale d’un acteur du paiement de petit montant (PayPal, pour ne pas le nommer) portée par eBay et Amazon, les deux géants de la précédente vague d’innovation, celle du e-commerce, a permis ça. Google a proposé Google Checkout, un me-too intéressant mais sans succès comparable. L’internationalisation des médias pour consommateurs ont permis ça. La concurrence en prix, la concentration des sociétés de livraison a permis ça — au prix d’un coût humain important auprès des dockers (douloureuse mais nécessaire) et chauffeurs routiers (je n’ai jamais caché ma préférence pour le train). Le rôle de la publicité n’est pas négligeable, mais mérite des nuances, nuances que l’on trouve dans la bouche des autres dirigeants de la société.

« Mais le développement de l’e-commerce, c’est grâce à Internet, pas à Google…
— Avec notre taille et notre effet de levier, je ne vois pas d’autre entreprise dont l’intérêt est autant aligné avec celui des PME. […] deux tiers de notre chiffre d’affaires avec des PME.

Content de voir que le journaliste de La Tribune est d’accord avec moi. Toutes les sociétés précédemment citées sont intéressantes. Je suis le premier à défendre un tissu entrepreneurial riche, et le comblement du trou dénoncé par Ramsden, Robert Lucas, etc. (un des signes de problèmes institutionnels est le manque d’entreprises de taille moyenne, ou d’un âge intermédiaire : cela tend à prouver que les petites structures sont défavorisées par rapport aux grands groupes historiques) mais sa monomanie des PME commence à faire un peu populiste — ou alors, il explique un peu mieux la théorie de la longue traine et son interprétation institutionnelle.

« Les 50 plus grandes entreprises françaises ne dépensent que 1 à 1,5% de leur budget média en moyenne chez Google.

Non, ça ça veut surtout dire que Google vend de la transformation et de la vente, et que les socités du CAC 40 ont déjà un réseau de vente, et achète de l’image, à d’autres régies publicitaires plus adaptées.

« Pourtant, les éditeurs vous accusent d’avoir tiré vers le bas les tarifs de publicité.
— Nous ne sommes pas responsables des niveaux de prix de la publicité sur Internet. Avec le système d’enchères, les prix sont déterminés par le marché. D’ailleurs, quand la concurrence monte dans un secteur, les prix de la publicité montent. Cela n’a rien à voir avec les médias qui vendent en avance une ressource rare. Sur internet, c’est en temps réel. Si on veut faire monter les prix de la publicité en ligne, la publicité ciblée sur l’internaute doit se développer.

J’aime bien la présentation de l’intégrité des enchères, mais ça ne répond pas à l’observation qui est faite. On dirait les responsables des examens dans le supérieur : “Pourquoi une telle sélection sociale ? — Nos examens sont anonyme et écrit : aucune ségrégation.” Ben… si, de fait, et avant de décider quoi en faire, il vaut mieux comprendre. C’est d’autant plus dommage qu’il y avait un contradiction à lever là : les niveaux de prix baissent, mais les dépenses publicitaires augmentent ? Est-ce qu’il y a une augmentation de l’inventaire, et qui est responsable ? (SixApart & Co, Google en faisant miroiter un modèle d’affaire — des bonnes choses, mais rien à voir avec .) Est-ce une bonne chose ? Il y a surtout un désassemblage des contenus : l’actualité politique et internationale étaient financés par la publicité autour de la météo et les annonces. Autrement dit : Craigslist est gratuit, Craig multi-millionnaire et les offres d’emplois ne financent plus de correspondants à Baghdad.

« Un système où chaque site ne perçoit que des revenus infinitésimaux et où le seul à gagner de l’argent est au centre peut-il perdurer ?
— […] Dans l’économie traditionnelle, 70% des coûts d’un journal viennent de la fabrication et la distribution et 15 à 20% des journalistes. Dans Internet c’est l’inverse.

Point essentiel de la répartition par nature, mais qui ne répond pas à la question qui portait sur la répartition par acteur. Les deux sont liés (moins de capital, de frais, donc plus d’entrée de petits acteurs) mais il ne fait pas le lien… Dommage encore.

« Dans toute révolution, les aristocrates qui ont des positions fortes ont le plus de difficultés à accepter le changement.

Présenter les patrons de presse désargentés comme des aristocrates, c’est un tour de force, et finalement un résumé intéressant, quoique violemment normatif.

« Nous avons une logique de masse autour de nos trois portes d’accès à la connaissance que sont notre moteur de recherche, YouTube et Google Maps. Le mot, la vidéo et la localisation.

Les publicités dans Google Maps arrivent donc en France : mon petit doigt me dit que Yelp (et Dis-moi-où, et FourSquare) est près du vent du boulet. Rien sur la publicité sociale, qui est donc officiellement en retard par rapport à ces trois axes-là.

« Notre intérêt est que ces outils soient de plus en plus utilisés partout. S’ils deviennent aussi forts sur mobile que sur PC, nous pérennisons notre modèle économique. […] Les formes de publicité vont donc évoluer, de nouveaux modèles vont surgir.

Analyse intéressante mais qui néglige une explication plus simple : la commoditisation des actifs complémentaires. Si je vends des lames, autant que j’offre les rasoirs — et tant pis pour les sculpteurs de manches ouvragés. Plus généralement, l’explication est belle, mais en réponse à une question sur la monétisation, elle dénonce une volonté de contrôle inquiétante.

« On s’intéresse à ce que les gens font sur le Net, pas à qui ils sont. Comprendre ce que recherche tel type de personnes à tel moment dans telle région permet d’apporter aux internautes des publicités qui correspondent davantage à leurs recherches. Cela diminue la déperdition pour les annonceurs et augmente la valeur de la publicité. Quand les médias refusent de faire évoluer la publicité au nom de ces données personnelles, ils se tirent une balle dans le pied. [Emphase par Bertil]

OK, exposé d’une stratégie “Quoi ça Facebook ?” intéressante — qui néglige la possibilité de monétiser la recommandation sociale en tant que telle, c’est-à-dire de faire apparaître les avis de mes amis quand je lance une requête sur le titre un livre. Mais… Qu’est-ce qu’il entend par « refuser de faire évoluer la publicité » ? Est-ce que c’est les réticences à la recommandation sociale (encore mal comprise et présentée maladroitement) ou l’organisation par listing deleads, où on veut “acheter quelqu’un” et les tenir, selon une métaphore physique déplacée ? S’il parle des listes, qu’il veut replacer par un service de flux tenu par les robinets que sont les maxima d’enchère, son opposition est ambigüe. Ou alors, il parle de publicité ciblée, croisée entre sites, avec des cookies qui permettent de proposer en marge du Figaro les chaises qu’on a consulté la veille sur le catalogue des Trois Suisses… et là, effectivement l’effetBig Brother doit faire peur aux médias, qui y voient une détérioration inattendue de leur marque.

Je trouve sa réponse à la question sur les données personnelles beaucoup trop générique : pourquoi ne parle-t-il pas de liberté d’avoir des publicités pertinentes, de choix de pouvoir en bannir certaines (pour les alcooliques, par exemple), de contrôle centralisé de ces données (Google Dashboard) et de possibilité de partir avec (Data Liberation Front) ? Économie de l’attention, meilleur gardien contre le risque ouvert de détournement… Google devrait être capable de mieux défendre sa position sur le sujet.

« Vous payez combien d’impôts en France ?
— Je ne sais pas, mais c’est regarder par le petit bout de la lorgnette. Regardons plutôt la contribution de Google à la France, c’est plus intéressant. […] Dans les règles d’aide à l’implantation de multinationales dans l’Union européenne, […] Si les institutions nous ferment leur porte, c’est leur choix. La nôtre est ouverte.

Une réponse plus honnête serait : les charges sociales de nos commerciaux, uniquement ; la TVA est payée aux Luxembourg, et la valeur ajoutée en Irlande — mais tout cet argent revient en France avec les aides. Ou alors : « Combien d’impôt en Europe, vous voulez dire ? […] merveille politique […] miracle pacifiste […] nous sommes tous des européens […] savez-vous que mes petits-enfants sont tous bi-nationaux ? Que voulez-vous, c’est ça Erasmus ! »
Je me moque, mais le gallo-centrisme de la question m’inquiète un peu : la plupart des décisions économiques sont prises à Bruxelles, et pour des acteurs comme Google, faire face à une dizaine de juridictions et fiscalité, c’est déjà courageux. Ce qui m’inquiète profondément par contre, c’est que pour la troisième fois, il évoque “les contributions à la France” sans être plus précis : c’est un communiquant, plus qu’un ingénieur. Il ne parle pas d’ordre de grandeur, d’Open Source, de formation scientifique — et il achève tout doute sur le fait que c’est un spin doctor avec sa dernière phrase. Oui, l’attitude de Jeannennet sur l’indépendance de la Banque de France est un roi nu, et je le regrette — mais il y a une dignité qui mériterait que Google négocie autour des intérêts complémentaires de chacun. Les efforts de réflexion juridiqueconsentis autour de Google Books sont un peu plus qu’une porte fermée.

« Comment se porte votre nouvelle activité, Google Apps ?
— Nous avons déjà séduit des entreprises comme Valeo, Malakoff Mederic ou Rentokil. Ensuite nous comptons sur le marketing viral. A titre personnel, je trouve que plus largement le cloud computing est le plus grand défi […]

Ai-je déjà dit que je le trouvais communiquant, peu chiffré et que je n’aimais pas ça ?

« C’est un nouveau métier pour vous…
— Oui.

Oui ? L’ergonomie et le traitement de grandes bases de données ?

« On va apporter aux autres ce qui a fait la grandeur de Google ! A savoir, la gestion de capacités de stockage […]

Non : c’est juste qu’il se contredit.

« Aujourd’hui, on fait bénéficier tout le monde de cette technologie. Le monde de l’informatique va changer.

Rien sur l’Elastic Cloud Computing, etc. ?

« Où en sont vos discussions avec la Bibliothèque nationale de France ?
— Les principes énoncés par la mission Tessier ne choquent pas Google.

Plus de portes fermées ? J’ai de plus en plus de mal à comprendre à quoi il fait référence. J’aime pas les communicants : c’est vague, et ça m’agace.

« Bien sûr, si l’éditeur veut qu’on les vende en version numérique, on le fera mais après avoir défini un prix avec l’éditeur.

Il n’y avait pas un petit problème d’opt out qu’il a oublié d’évoquer ?

Sur le reste, je suis plutôt d’accord avec lui. Je n’aurais pas utilisé un “on” mais “les distributeurs” dans « Que l’on arrête de dire que de la valeur est détruite quand un éditeur offre un rabais pour un livre en ligne. » ni pris un ton aussi populiste : ça me paraît pas… “Google-y” ; d’un autre coté, j’aurais sans doute aussi essayé de parler de l’élasticité de la demande aux ventes, un argument qui serait venu me hanter quand tous les livres seront à plus bas prix, et que le temps de lecture ne sera plus élastique. Ce qui est plus digne de la société, c’est ça :

« Quand on parvient à définir une chaîne de valeur correcte, on peut signer des accords très important comme celui entre Lagardère Active et YouTube.

Et enfin, je sus surpris qu’il ne reprenne pas l’argument des enchères en répondant à la question sur la concurrence :

« Personnellement, une position dominante de Google en France, je n’y crois pas. Regardez les autres acteurs, PagesJaunes, TF1 ou Lagardère, les annonceurs ont le choix ! »

Ah oui ! C’est parce qu’en cas de monopole même local, les enchères raflent la marge 😉 — et le marché de la transformation est très morcelé, donc très menaçant. Si en revanche on parle de la publicité y compris l’affichage, même uniquement en ligne, alors il y a de la marge. Mais, je ne suis pas sûr que ça soit le même marché, les même acheteurs, donc il faudrait appliquer le critère de la second meilleure option : est-ce qu’il y aurait un report ? Je suis surpris qu’il parle de “croire” alors qu’il a les meilleurs économistes pour répondre à cette question.

Les enchères ajustent le prix au catalogue proposé (décidé arbitrairement par un seuil de pertinence). D’après vous : est-ce que l’ajustement automatique est trop exact pour permettre de calculer un indice de Lerner qui soit pas en fait une variable ce seuil de pertinence, alors que Google rafle toute la marge disponible ? ou au contraire est-ce que, au moment d’un choc, les acheteurs d’espace et de trafic s’adaptent lentement, et que le délai permet de mesurer un taux de substitution ? Google peut-il influencer le marché en jouant sur les principes de ses scores de qualité ?

Ces questions sont centrales pour moi, parce que l’éléphant dans cette pièce, c’es Facebook, qui arrive simultanément sur la marque et la transformation, avec environ 40% d’efficacité supplémentaire grace aux recommandations sociales (sur certaines verticales). Quels vont être les critères retenus pour surveiller ce secteur ?

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Dynamique de communication dans une communauté

Video Lectures est un site qui propose des enregistrements vidéo de conférences académiques et de cours passionnants (le plus souvent en anglais et en général assez technique). Deux présentations de m’ont impressionné aujourd’hui :

En une demi-heure, Jon Kleinberg de Cornell University propose un modèle social dynamique vraiment intéressant ; il a encore peu de résultats propres (en dehors d’une recommandation à avoir des communications relativement restreintes) mais il ouvre la voix à un ajustement prometteur des outils d’analyse de communautés médiatées — spécifiquement pour les communautés créatives dont on a les données de consultation, et où il serait possible d’isoler la “colonne” de découverte.


The Structure of Information Pathways in a Social Communication Network

Je serais curieux de demander à ces auteurs si la stratégie optimale (renforcer ses contacts fréquents) est aussi préférable pour ses contacts — autrement dit, est-ce que cette efficacité n’est pas dépendante de la curiosité altruiste de ses proches.

Dans la conversation qu’on a eu cet été avec Barabasi, il avait aussi volontiers insisté sur l’importance que lui voyait à court terme à avoir des détails sur le calendrier ; son approche était un peu différente néanmoins, plus centrée sur la compatibilité de sa disponibilité. Il envisageait de vérifier qu’on ne peut rester ami qu’avec des proches qui peuvent libérer des plages d’emploi du temps communes, pour partager quelque chose ; lui spécifiquement cherchait des bases de données suffisamment exhaustive pour pouvoir tester des hypothèses assez fine et isoler des causalités.

En parlant de causalité : c’est le pivot d’un article (et de sa présentation) passionnant, par une équipe de Yahoo! qui regarde la diffusion des tags associés à une photo dans Flickr.


Influence and Correlation in Social Networks

Mohammad Mahdian détaille comment faire la part entre le mimétisme direct et l’influence d’un phénoène tiers avec différents types de données.

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Comment les entreprises appréhendent le Web social

Une amie et collègue à Orange Labs cherche à comprendre —dans le cadre d’une thèse en sociologie— comment les entreprises appréhendent le Web social, notemment pour le contrôle de leurs marques et de leur réputation et —se tournant vers mes trois années d’expérience de voyeurisme numérique sous des prétextes scientifiques— elle m’a demandé quelles étaient les références que je pouvais lui proposer, voire lui présenter. (Je devrais peut-être faire un peu plus attention à ne pas trop me gonfler : un jour, quelqu’un va croire que mon blog a des lecteurs.)

Après m’être longuement emporté dans un couloir sur l’importance de se montrer, même —surtout— imparfait, je lui ai promis une long courrier électronique plus précis, avec des références exactes ; puis, en commençant, je me suis rappelé que j’avais un blog francophone à entretenir, et qu’il aurait été préférable de soumettre ma sagacité à la critique publique, pour le plus grand bien de la bibliographie de l’intéressée. Voilà donc encore un long billet.

Les outils pour tout ça à l’heure actuelle s’organisent assez clairement selon trois générations :

  • les blogs (écrire autant qu’une demi-page est un peu has-been) et les moteurs de recherche dédiés, et les outils de filtrages collaboratifs (Digg, reddit, StumbleUpon)
  • plus superficiel : le microblogging, plus connu sous sa marque de la principale plateforme : twitter (il existe de nombreux équivalents comme Jaiku, Frazr, Pownce ou même Yammer, spéc ialisé dans les communications internes des entreprises — mais le gens qui t’intéressent sont sur twitter) ;
    Image representing FriendFeed as depicted in C...
  • et, plus compliqué : les aggrégateurs de tout ça et bien plus : FriendFeed a l’air de (temporairement) se dégager comme le plus efficace de ces tentatives.
  • Les réseaux sociaux plus généralement sont souvent cités, mais en dehors de ceux-ci dont l’usage et les réglages par défaut encourage un discours public et ouvert, il y a une diffusion d’information plus dissimulée, interpersonnelle ; elle n’est pas nécéssairement moins efficace, mais plus difficile à observer dans sa généralité.

L’impact que tous ces outils ont sur les entreprises et les marques est un sujet d’étude qui devient très discuté dans la blogo/twitto-sphère —bien que je maintienne qu’un truc pareil n’existe pas— en général couvert sur le mot-clé de “Social Media” (plus précis que buzz) et les références les plus évidentes sont :

Parmis les Français :

  • Fred Cavazza. Je sais que je vais faire des jaloux en le citant lui, mais c’est évident qu’il connait la majorité des personnes à interroger ;
  • Loïc Lemeur arrive à être plus bruyant, mais il est maintenant plus connu pour See smic, l’équivalent vidéo de Twitter ;
  • à surveiller de près : le blog d’agence de Publicis, en général très réussi, même s’il est aussi exaspérant qu’un pubeur dans une soirée très mondaine ;
  • enfin, jetter un œil aussi sur Aziz Haddad qui décrit les campagnes  ;
  • et, davantage comme participant actif Chauffeur de Buzz.
  • Sinon, je viens de croiser en séminaire Thibaut Thomas qui a l’air sur les mêmes persp ectives.

En anglais, la liste des gourous exibitionnistes numériques professionelle s’étire beaucoup ; chacun est d’autant plus haut en couleur qu’ils ont fait du récit réflexif de leur auto-biographique un spectacle public permanent :

  • Les premiers historiquement sont distinctement les trois rédacteurs du ClueTrain Manifesto (Chris Locke, Doc Searls et David Weinberger) même s’ils ont tous les trois évolués depuis ;
  • Jeremiah Owyang s’intéresse beaucoup à ces questions, et est sans doute le plus à la page actuellement ;
  • on ne peut pas ne pas citer le prophète du marketing Seth Goldin —en particulier son tout récent Tribes, proposé avec un réseau social des lecteurs en plus— est certainement à consulter, ne serai-ce que pour le plaisir de voir comment un théoricien sait utiliser son art pour se vendre lui-même ; à copier aussi chez Goldin : sa manière d’organiser ses transparents — une photo, c’est tout ;
  • la liste ne serait pas complète sans les auteurs de Naked Conversation, dont le blog est devenu Global Neighbourhoods : Robert Scoble (photo) ancien blogger phare officieux de Microsoft, sympatique visage des geeks —et au centre de toute controverse, quoi qu’il arrive— et Shel Israel ;
    Image representing Robert Scoble as depicted i...
  • difficile de ne pas mentionner Mike Arrington de TechCrunch, qui a un impact limité aux start-ups de la Silicon Valley, mais qui est un exemple intéressant de quelqu’un qui a suffisement abusé de son pouvoir d’influence pour maintenant soulever la suspicion ;
  • Chris Brogan est beaucoup suivi, aussi ;
  • sinon, il y a Rohit Bhargava, Jonathan Petersen
  • Hugh McLeod est un ancien publiciste qui depuis quelques années dessine des griboullis au dos des cartes de visite — il a aussi aidé plusieurs entreprises à comprendre ces histoires (un vin, un tailleur et Microsoft) et se lance dans la lithographie ; il est étrangement francophile, aussi.

Enfin, quelques voix de la raison sur des questions plus générales :

  • Tim O’Reilly éditeur de manuel de référence, organisateur de conférence et inventeur de l’expression “Web 2.0”
  • Nick Carr faussement ronchon et provoc’ mais fils spirituel (inconsient ?) de Coase —Je ne connait pas d’éloge être plus flatteur ;
  • mais aussi Kevin Kelly le visionnaire, et Clay Shirky le très juste.
  • Dans cette liste, on peut rajouter Jyri Engeström, fondateur de Jaiku, racheté par Google, et militant de la sociabilité par les objets, qui a sa vision particulière d’un social media très tangible.

Finalement, troisième langue, en mathématique : la question pose énormément de problème de définition formelle, mais

  • le meilleur point de départ des outils de mesure c’est probablement l’article de Jure Leskovic — maladroit, mais sytématiquement cité (voir la liste ordonnée des articles qui le prenne en référence par Google Scholar) ;
  • Dan Zarrella est moins ébourriffant, mais il se lance, cherche en ce moment et fais des essais.

Parmi les outils et les acteurs intéressants, il faut abolument utiliser des lecteurs de flux RSS pour organiser la centaine de sources possible. La plupart utilisent Google Reader, pour le ré-ordonnancement par pertinence et la possibilité de partager des listes de recommendations. De même, la partage de liens avec des références par Delicious ou Digg, c’est un réflexe à avoir pour suivre l’actualité et comprendre l’activité des spécialistes.

Pour Twitter la simplicité apparente permet une grande diversité des d’outils de gestion et de suivi de tendance ; cette variété est une solution de long terme, et un écosystème dynamique et ouvert, c’est un atout formidable, même si un peu de ménage est probable —deux ou trois rachats par exemple— et que les offres vont se structurer, commercialement autour de types de modèle d’affaire et socialement autour de faisceaux de normes. Google Trends (l’outil de veille des mots qui sont subitement davantage soumis dans l’invite de recherche Google) propose une alerte par Twitter.

Current, la chaine de télévision montée par Al Gore, est sans doute la plus curieuse et avide de ces questions : dès le départ, les émissions devaient être proposées, construites et choisie par les auditeurs/participants. Twitter est leur nouveau terrain de jeu.

En dépit de leur apparente légèreté, les marques les plus fortes (Coca, Apple, Google, Microsoft, HP, SAP, Durex, et les propriétés les plus sexy de P&G) sont tenues par des équipes très professionelles, et toutes ont fait des expériences passionantes sur la question — voir ce qu’Owyang a recens sur les voitures.

Cette francophonie nouvelle m’enchante — je peux enfin signer :

Lâchez vos com’

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