Quora est ouvert, sans invitation

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Depuis trois jours, je vois des demandes et des offres d’invitations à Quora un peu partout. Ça m’a surpris parce que, après avoir envoyé à des amis et vu des blogueurs insérer des liens vers des pages (moi-même, dans mes billets d’hier et d’avant-hier) j’étais certain que le site était entièrement public et même exploré par les navigateurs de recherche (sauf les commentaires, mais c’est une autre histoire).

Un énième twit m’a fait douter. J’ai donc pris le temps de me déconnecter et de revenir sur le site comme un nouveau.

Ok — maintenant, je vois le problème. Lire la suite

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Quora est exigeant, pas élitiste

Je suis actif depuis sept mois sur un site de discussion particulièrement intéressant et exigeant : Quora. Il a été plébiscité comme la société innovante à suivre en 2011 par les médias qui couvrent le web, à juste titre. La vague d’éloge a fait quintupler la population d’utilisateurs en quelques jours — et les habitués avons passé la semaine à gérer des nouveaux venus. J’ai plus particulièrement passé les dernières 24 heures à essayer d’accueillir les francophones. Mon précédent billet, rédigé hier (et édité au fur et à mesure) réagissait à cet afflux, et était volontairement un peu sec et menaçant.

Ces interventions ont été applaudies —merci— mais violemment critiquées, aussi : avant de répondre aux accusations et aux incompréhensions qui ont perlé, un peu de perspective. Lire la suite

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Quora — Juste pour vos yeux

Mise à jour : Ce message était le premier, en réaction à ce que j’avais vu sur Quora. Il a été repris et corrigé depuis, et j’ai écrit d’autres billets sur le sujet.

Résumé : Quora est un site de Question-Réponse exigeant, exclusivement en anglais. Inscrivez vous sous votre nom civil. Faute de filtres, la qualité dépend de votre retenue : attendez de comprendre les usages du site avant de participer.

Si vous êtes venus pour comprendre ce que Quora permet, ces vidéos en anglais le feront mieux que je n’en serai jamais capable. Cet article parle des valeurs du site.

Voilà un peu plus de sept mois que je suis actif sur Quora.com, un site où vous pouvez poser des questions y répondre. Le site a deux qualités flagrantes :

  • ses concepteurs ont su travailler le schéma d’interaction au mieux pour avoir non seulement les meilleures réponses émerger mais les meilleurs contributeurs participer volontiers (pour plus d’explication sur le sujet, voyez Xianhang Zhang dont c’est le métier et qui est l’observateur extérieur le plus pertinent du travail de Rebekah Cox); et
  • les plus grands noms du web y sont actifs, comme Robert Scoble ou Michael Arrington, ou mieux : ceux qui ont travaillé dans l’ombre de toutes les révolutions récentes, comme Yishan Wong.

Depuis le 3 janvier, la presse spécialisée en a fait sa coqueluche. Trois jours après, les européens arrivent. Je crois être le français le plus actif (pas le seul, ni le plus ancien) donc je me sens la responsabilité de vous souhaiter la bienvenue, mais avec quelques recommandations. Lire la suite

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Je l’ai vu, finalement

J’ai enfin vu hier soir The Social Network, et ça m’a fait tout drôle : j’avais passé la journée à réfléchir comment persuader Adam D’Angelo et Andrew ‘Boz’ Bosworth (qui semblent apparaitre dans le film) de changer un détail sur Quora, et implicitement ailleurs, (obliger les critiques à être plus spécifiques).

Voir une telle déformation de la réalité est choquant, mais plus généralement, le film va très vite et surtout passe d’éclats de génie à des déceptions violentes. Lire la suite

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Participation sur InterMédias

Je suis passé rapidement à la radio belge ce matin. J’ai été supris par le peu de concertation avant, et déçu par le manque de perspective face aux anecdotes de départ. Un détail m’a choqué : un des intervenant a dit que Facebook avait peu innové techniquement, ce qui est loin d’être le cas.

La Radio belge francophone La Première diffuse une émission hebdomadaire sur les nouvelles technologies, interMédias. Les présentateurs m’ont proposé de participer ce matin, avec Yves Baudechon et Thierry De Smedt sur le thème « Qu’est-ce que Facebook a changé pour vous, au plan privé ou professionnel ? Pourquoi l’avez-vous rejoint ? Pourquoi l’avez-vous quitté ? ». Si vous avez la curiosité, vous pouvez maintenant l’écouter. Lire la suite

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Qui cherche trouve…

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Mêmes les experts semblent insensibles aux problématiques autour de Facebook

L’Atelier des Médias propose un échange autour des peurs que suscite Facebook. Il y avait trop d’incompréhension pour que je ne réagisse pas, et en particulier, j’y ai entendu toujours la même accusation absurde de “vendre des profils.”

La plus importante erreur, qui revient dans tous les discours sur la société (et étrangement pas du tout sur les conversation similaires sur Google, alors que le dispositif est très similaire) c’est de penser que “Facebook vend des profils détaillés” comme on vendrait des esclaves dociles sur catalogue. Ça n’est pas vrai ; ça n’est pas techniquement possible ; ça n’est pas envisageable dans la pratique ; ça n’est légal dans aucun pays ; ça n’est pas dans leur intérêt ; ça n’est pas ce qu’on leur demande. Facebook propose à ses annonceurs de cibler leur message, d’une manière exceptionnellement fine — mais de fait, elle a en réaction été la première société a mettre en place un seuil qui empêche de cibler une population si étroite qu’on peut en identifier les membres. Ça n’est pas leur intérêt de fournir assez de détails pour permettre à l’annonceur de les court-circuiter. Ça n’est pas dans l’intention de la plupart de l’annonceur (majoritairement locaux et très petits) de gérer une telle liste explicitement eux-même, ça serait un risque juridique considérable pour eux de le faire, malgré les incompréhensions autour de leur licence d’utilisation, mais surtout, ça serait une source de scandale sans précédent.

Google propose, avec des outils d’analyse, un service assez similaire pour filtrer et choisir les mots-clés autour desquels communiquer ; la société a des profils personnels très détaillés de ses utilisateurs inscrits comme membres (pour voir sur quelle base ces profils sont établis, voyez Google Dashboard) et personne ne les accuse de les vendre — preuve supplémentaires que les paniques morales se déclenche en fonction de ce que les gens voient, plutôt qu’en fonction de ce qui aurait du sens. Il y a un seul connu cas de ciblage individuel, sur Google en l’occurrence : c’était un publicitaire qui, pour se faire recruter, a passé une annonce autour, comme mot-clé, des prénoms et noms des dirigeants des grands groupes de communication — espérant attirer leur attention quand ces grands à l’estime de soi d’argile regarderaient leur réputation dans le miroir en ligne. Son truc a marché, mais reste une tarte à la crème.

Est-ce qu’il y a la possibilité de dés-anonymisation et de fuite ? Oui, mais sur des bases de données proposées à des fins d’analyse, comme le NetFlix Prize. La position de Facebook sur le sujet a été limpide quand Peter Warden a agrégé l’ensemble des informations publiques (aucune donnée “privée” donc) et la soumettre aux scientifiques : non, et on vous enverra les chi… avocats.

Il y a eu des accusations de fuites sur Facebook, jamais totalement claires — et la seule qui m’est apparue substantielle est récente, sur une fonctionnalité mal comprise : le bouton “Like” renseigne votre profil public ; on ne peut pas le cacher, ni a un inconnu, ni à l’annonceur intéressé par cette information. Comme tout internaute, il peut accéder à votre profil public ; contrairement à l’immense majorité des internautes, ça l’intéresse — et c’est sous l’angle de cet intérêt qu’il faut comprendre la plupart des problèmes de confidentialité.

Les gens qui veulent voir vos informations personnelles sont beaucoup plus vos proches, qui sont en général déjà vos Amis (je reprends la convention introduite par boyd & Ellison de désigner avec une majuscules les connections formalisées sur le site) ; l’outil pour éviter le gros des difficultés est donc le filtrage négatif ciblé (et une constante option de déni d’un filtrage volontaire, puisque ces proches peuvent toujours apprendre des détails par des tiers) mais cet outil n’est pas utilisé, parce que trop lourd. On retrouve là l’ironie de l’innovation : Facebook permet de communiquer sans se poser la question des destinataires, donc ces utilisateurs qui la veille de leur inscription savaient tenir compte des susceptibilités de chacun quand ils parlaient en public trouvent d’un seul coup trop sophistiqué d’imaginer qui ne devrait pas entendre ça. L’équilibre des efforts d’interprétation dans l’économie de l’attention est un exercice permanent en nano-utilité.

En réalité, la perception très négative du site entraine une panique morale qui, comme la panique sur les prédateurs sexuels en ligne, masque un réel apprentissage des intéressés.  Des employés indélicats ont été renvoyé : c’est peu — et je ne pense pas qu’ils l’auraient été avec moins de violence s’ils s’étaient vantés de leur abus auprès de leur collègues, ou qu’on aurait accusé la machine à café de leur comportement ; pendant ce temps-là, j’ai découvert la musique qu’aimaient mes collègues et notre passion partagée pour le vélo, j’ai appris à parler plus intelligemment de l’Islam ou d’Israël par le même biais et le recrutement de témoins est grandement facilité pour la presse. Des couples infidèles se sont séparés ; c’est triste, mais je ne sais pas si c’est regrettable. Je suis sûr en revanche que réseau de soutien qui s’est mis en place aussitôt après a été d’autant plus important grâce à Facebook. Il y a des cas violents dans des sociétés où les filles sont contrôlées, et où le flirt est proscrit — mais ces histoires masquent l’évolution dramatique des mœurs qu’ont permis ces technologies. Des menaces graves évoquées, comme le cambriolage, n’ont pas l’air d’avoir fait un bond. La situation d’une épouse séparée qui ne souhaitait pas que son mari sache où elle est, qui a été trahie par Google Buzz — un cas heureusement très rare, mais emblématique des difficultés — est parfaitement couverte par la fonctionnalité de bannissement… Il y a un apprentissage de l’intimité qui est nouveau, douloureux à apprendre, mais incontestablement riche et prometteur.

Mais revenons à nos moutons : pourquoi rendre les “Like”s publics ? Pour ne pas avoir à justifier un accès par des publicitaire peut-être, mais aussi pour contrer les arguments comme ceux, très intelligent et bien construit, de Fabrice Epelboin ou de Olivier Ertzscheid sur le Like tuera le lien. Facebook cherche à arbitrer entre d’un coté le droit de ses utilisateurs à ne pas montrer leurs informations sans s’en rendre compte et de l’autre la valeur ajoutée que promettent d’apporter des tiers : dans le cas de boutons à l’extérieur de son propre site, le service a estimé que leur positionnement comme plateforme était assez manifeste pour avantager l’innovation. Mais seulement, on a d’un coté une société qui doit faire des choix clairs et systémiques, et de l’autre des intellectuels qui n’hésitent pas, dans la même conversation, à reprocher d’un coté à la société de révéler de l’information personnelle, et dans le même souffle, à reprocher qu’ils les masque par défaut à des services tiers — plutôt que de lister quels informations sont publiées et de détailler les raisons qui motivent cet ordonnancement.

Facebook est une plateforme qui s’ouvre à toute vitesse, pour permettre à ces tiers de proposer à ses utilisateurs des outils ou des jeux qui exploitent le graphe social que Facebook gère pour tous.

Les problématiques liées à cette gestion sont assez différentes de ce que ce panel a discuté — et c’est ça qui m’inquiète le plus. Symptomatique, mais anecdotique, c’est l’idée que Mark Zuckerberg  focalise sur “un milliard d’utilisateurs” : c’est faux, et il l’explique lui-même très bien. C’est un geek qui pense en ordre de grandeur et il a déjà atteint neuf chiffres ; l’ordre suivant ne serra atteint qu’avec 0.facebook.com, l’accès subventionné pour portable dans les pays en voix de dével… à connexion majoritairement cellulaire.

Ce qui compte, c’est que les utilisateurs sachent qui parmi leurs amis sont membres, pour se lier à eux, et que le service soit aussi utile pour eux que possible, sous la contrainte des inscriptions : ce qu’en économie on désigne comme l’anticipation. Le meilleur test de ça (quand on n’a pas accès à la base de donnée interne, mais même quand on l’a) c’est de comparer le nombre de “C’est quoi ton numéro de portable ?” ou le nombre de demandes de mise en relaton le lendemain, par opposition au nombre de “Est-ce que tu as un téléphone portable ? / Est-ce que tu as un compte Facebook ?”  Un critère interne important pour déterminer d’adoption dans un pays, c’est la proportion d’amis qui sont aussi des locaux. Même quand la France où les Pays-Bas (deux très gros succès locaux) étaient à quelques pour-cents d’adoption,  ils savaient que le service marcheraient bien parce que ce paramètre changeait très vite. Facebook est encore en Russie, en Corée du Sud ou en Chine, un outil qui permettait à quelques curieux de garder le contact avec leurs amis internationaux; quand il est adopté localement, ça devient un outil pour décider quoi faire le week-end suivant — consommer, manifester, prendre un verre : le dispositif central que Facebook souhaite devenir à court terme, mais pas l’intention finale de Mark Zuckerberg.

Lui a été très clair auprès de qui voulait l’entendre (depuis 2005 environ, et son abandon de WireHog, d’après David Kirkpatrick, donc je relis le bouquin une seconde fois avant de publier mes commentaires) que son but est d’être dépositaire de l’identité en ligne de chacun. (Plus exactement, il souhaite que chacun puisse affirmer de manière crédible qui il est : un dispositif distribué —comme Diaspora, OpenID, etc.— qui permettre à n’importe qui de distinguer le vrai Bill Gates parce qu’il est ami avec Steve Ballmer, et officiellement reconnu comme ancien employé par Microsoft lui conviendrait. Il n’y a pas encore de solution qui permettent de faire ça mieux qu’un système exclusif, donc Zuckerberg n’en parle pas, mais je pense qu’il y pense, qu’il en est capable à terme, qu’il le souhaite et qu’il saura décider quand cette ouverture là doit être lancé.)

Sur les détails d’un tel dispositif, il a des avis controversés sur les pseudonymes, et une opinion négative d’une gestion étanche des facettes (travail, famille, club) de chacun — il a surtout des données assez décourageantes sur les abus de l’un et l’adoption de l’autre. Ces positions sont défendables quand on comprend le risque que présente l’Astroturfing (du nom de l’herbe synthétique, par analogie avec les grass-rout mouvements) : faire passer des employés, souvent temporaires pour des fans de tel parti, produit, service.

Les peurs autours des usurpations d’identité, homonymes et autres sont beaucoup plus riches et nombreuses que ce qu’on peut imaginer de l’extérieur : Facebook a du lutter contre des comptes établis au nom de personnes pas encore membres dès l’ouverture à des plages entières de courrier, par exemple — ou plus simplement des révélations au travers de connexions établies par des faux profils, rendus si attractifs que beaucoup d’utilisateurs prennent le risque.

À un moment dans la discussion, Erstzcheid énumère les éléments publics : nom, prénom, photo, identifiant interne, institution d’appartenances et “Likes”. La liste paraît longue et inquiétante, mais : l’identifiant interne est une obligation informatique ; nom et prénom sont souvent dé-voyellisés ; de même, les utilisateurs inquiets savent mettre une photo de profil qui ne les représente que symboliquement — c’est dommage qu’il faille recourir à ces stratagèmes, mais pour les compenser et permettre à un tiers de reconnaître le profil d’un ami qui a des homonymes, Facebook a choisi de laisser aussi les institutions d’appartenance visibles. Leurs justifications à ce sujet montrent bien que ça n’est pas dans leur intérêt en tant que plateforme de le faire, mais bien le résultat d’une demande visible et exprimée de distinguer des homonymes. Ces situations sont rares en France, et (en tant qu’heureux détenteur d’une combinaison nom-prénom très unique) je comprendrais qu’on préfère déléguer aux utilisateurs le choix de clarifier la chose — il n’empêche : présenter ça comme la décision de Big Brother plutôt que de parler de crowdsourcing de l’identité, c’est projeter bizarrement le panoptique sur la situation. Leur principal actif par rapport à Twitter c’est précisément qu’ils n’ont pas à garantir à la main une marge infime des comptes de personnalités, mais qu’ils arrivent à assurer, de proches en proches, une identité crédible pour toute une longue traine de micro-célébrités.

Pour résumer : on accuse Facebook de problèmes qui sont en fait un manque de délicatesse avec ses propres amis, nécessaires à l’apprentissage du nouvel outil, et on néglige leurs propres problématiques de gestion d’identité.

Ces deux peurs ne sont pas un secret : elles sont omniprésentes et détaillées dans les témoignages des employés sur Quora.com par exemple — et au vu de la richesse et de l’honnêteté des réponses là-bas, je m’attendais à ce que au moins un des trois experts invités soient actifs sur ce site, même s’il est réservé (et que cette honnêteté a valu un contrôle du temps passé par les employés). Ironie supplémentaire : les réponses plus intéressantes sur Quora le sont du fait de leur auteur, et la garantie de cette signature est assurée par ce dispositif lui-même.

C’est pour ça que quand Epelboin en début d’entretient dénonce l’hypocrisie de Zuckerberg, qui se présente comme suiveur d’une tendance et non pas acteur, je ne le suis pas : oui, sa défense d’une ouverture constante parce que “Ça n’est plus ce que les gens veulent” est… disons “faiblarde” pour rester polie — mais Zuckerberg est parfaitement conscient de ce qu’il fait, voire un peu trop enclin à affirmer qu’il va apporter la paix au monde. Il y a là une trop grande simplification de sa communication par le jeune geek (qui ferait mieux d’apprendre auprès d’Obama qu’on peut prendre son audience au sérieux) et, par le blogueur, une sélection un peu étroite des déclarations du premier.

De même, que le bouton “Like” ne satisfasse pas l’idéal d’une démocratie participative est évident, mais prétexter qu’un ami de Chris Hugues ne comprenne pas ça, c’est un peu stérile. Le site a longtemps eu des groupes pour débattre, mais ils arboraient tous fièrement des intitulés revendicatifs, et toute adhésion controversés était mal venue. Les affirmations de sympathie remplissaient le mure, et la page “Discussion” était systématiquement non pas élégamment vide, mais occupée d’une phrase génialement cruelle : “Il n’y a pas de discussions ici.” Cette absence de débat vient donc d’une société revendicative plus qu’argumentative, des utilisateurs eux-mêmes. Je fais confiance à Barack Obama et Michael Sandel pour faire campagne dans le bon sens, et Facebook pour récupérer la question et mettre en place un outil adapté (probablement avec l’intervention de Chris Hugues, qui doit s’ennuyer.)

L’équilibre entre la responsabilité de l’expert ou de la plate-forme et la démocratie effective des pratiques et de la compréhension du service est délicat. On ne peut pas admirer une bonne idée qui n’est pas suivie, surtout sur un dispositif aussi dépendant d’effets de réseaux si particuliers et décisifs — mais on peut, quand on se voit confier un micro, chercher à tirer un peu plus les utilisateurs vers le haut.

Il y a pas mal d’autres détails dans le reste de l’émission qui m’ont marqué — mais qui sont moins essentiels :

Par exemple la chroniqueuse regrette qu’on ne puisse pas dire qu’on “n’aime pas” — tant mieux, ou plus exactement, tant mieux que pour manifester sont désaccord, il faille commencer un commentaire. Le choix n’est pas entre Aimer ou rien, mais entre Aimer, Négliger ou Commenter en son nom, ce qui pousse les utilisateurs à argumenter leurs désaccords plutôt que de propager des clichés. J’ai passé mon enfance avec des gens qui disaient que, comme musique, ils aimaient “Tout sauf le Rap”, prouvant ce faisant qu’ils étaient très ignorants de la culture Hip Hop, et masquant qu’ils écoutaient rarement autre chose que Radio Nostalgie, ou leur disque de Michel Sardoux.

La question « Quitter Facebook c’est quitter le web ? » aussi me pose problème : je ne suis pas sûr que “le Web” existe comme entité dont on soit membre. On ne quitte pas le web plus qu’on quitte le téléphone. Mêmes les deux milliards de personnes qui vivent tellement loin de l’idée de connexion ont accès à un Tonton portable, une Information Lady et “font partie” de l’info-sphère. Ma mère me demande régulièrement de “regarder les horaires sur [m]on… machin.” Dans cette société outillée, Facebook est une brique essentielle, non pas parce qu’elle est très adoptée (Google a plus d’utilisateur, et c’est rare qu’on se sente exclu parce qu’on utilise Bing) mais parce qu’elle est anticipée.

J’ai le même niveau de problème avec la dichotomie Privé/Public : rien n’est privé s’il suffit à un ami de copier-coller votre message sur son blog pour le rendre accessible au monde entier — seule notre capacité à faire comprendre à notre entourage les destinataires légitimes de notre communication nous protège (et leur propre incapacité à intéresser ceux qui peuvent nous nuire). C’est cette conception qui me fait dire à Olivier Ertzscheid : si cette histoire de photos est personnelle, alors j’attendais mieux. Un peu interdire à certains amis de tagueur des photos de soi, mais surtout, j’espérais qu’il professe doctement les conséquences possibles d’une telle documentation à tous ses proches.

C’est cette question intrinsèquement local qui rend la gestion des membres soumis à des régimes totalitaires délicat, comme le souligne si bien Fabrice Epelboin : ces régimes imposent des règles qui sont difficilement acceptables par un Californien, mais elles sont souvent soutenu par la majorité de la population, ou une frange très active. Il ne faut pas croire que malgré son jeune âge et son idéalisme embarrassant sur la question, Mark Zuckerberg est naïf : il a conscience de cette dimension, il en est fier et ne veut pas rater le coche ; il écoute des analystes politiques très solides, et même eux doivent avour que Social Media et politique vont un mélange détonnant, difficile à synthétiser.

Parler au futur de la Chine, ou de la Corée (du Sud, sic) c’est négliger ce qui se passe depuis des années dans les pays arabes. Au-delà de l’épisode curieux et pénible, mais révélateur dont Fabrice a été victime (et que c’est pratique d’avoir des para-tonnerres qui sont bien connectés aux autorités morales de la Silicon Valley) un nouveau type de protestation émerge, évoquée en Amérique du Sud dans les premières pages de The Facebook Effect de David Kirkpatrck, mais plus généralement rencontré au Moyen-Orient : le militant occasionnel, ou Cute cat politics. L’idée est que si un blagueur influent parle essentiellement de sujet triviaux, mais fait par de son indignation occasionnellement, il peut déclencher des réactions, sans qu’un répression contre sa plate-forme d’expression soit légitime. L’expression “Cute cat politics” vient d’une blagueuse égyptienne : elle parlait un peu de LolCats, beaucoup de sortie entre copines de la fac et certainement pas de torture par la police ; quand elle a commenté la violence des sanctions contre d’autres blogueurs un peu plus engagé, son cri a déclenché un ralliement qu’elle n’assumait pas plus que ça ; l’accuser elle aurait été excessif, et les abus semblent progresser grâce à un traitement progressif, implicite. Les émissions de télévision-crochet (que tout le monde s’entête à appeler de la télé-réalité pour des raisons qui m’échappent) ont permis de créer rapidement des modèles féminins qui vont dans le même sens d’une évolution progressive. C’est terriblement lent pour l’instant, et les dictatures savent exploiter ces outils pour infiltrer, discréditer et mater les revendication — mais je fais confiance à Zuckerberg pour assurer une accélération soutenue des progrès : il sait ce qu’il fait, il a plus de données et ses aspirations ne sont, soyons sérieux, clairement pas dictatoriales.

En parlant de manque de sérieux : je ne sais plus qui dans la conversation l’accuse d’être hostile à (des photos) d’allaitement. Vraiment ? Vous pensez qu’un type dont la génération a grandi avec de la pornographie dure à volonté en ligne dès l’âge de 12 ans a quelque chose contre l’allaitement ? Un type dont le premier fait de gloire est un HotOrNot-like ? Comme tous les bannissements, ces histoires-là ont été déclenchées par des utilisateurs. (Indice : des amies de mères d’enfants en bas-âge qui ne veulent pas voir de seins sur leur profil sont probablement des mères d’enfants en un pue moins bas-âge.) Les règles de décences étaient et sont les mêmes que dans la rue entre huit heures du matin et huit heures du soir en Californie (je précise, parce que passé huit heures du soir, il faut être plus ouvert d’esprit, il semble) : pas de tétons, de poils pubiens et de nu intégral. La règle est bête, donc efficace, et l’appliquer bêtement est nécessaire à son respect, donc les mères qui avaient la bizarre idée que ne pas masquer leur téton avec la tête de leur nourrisson sur leur photo de profil était un droit irrévocable ont eu une surprise — et elles se sont lâchement vengé sur le mur d’un groupe totalement homogène, plutôt que d’avoir le courage de s’excuser auprès de leurs amies qui ne voulaient pas avoir à parler expliquer à leur fils de 10 ans pourquoi leur zizi devenait tout dur quand il regardait les photos des amies de maman sur l’ordinateur. Et oui, après une analyse pénible de 1500 mots, j’ai le droit à des explications aussi crues sans pouvoir m’imaginer avoir encore des lecteurs à choquer.

Malgré mes nombreuses et importantes critiques, il y a beaucoup d’aspects positifs dans cette enregistrement : j’aime beaucoup l’image du vêtement, mais j’aurais plutôt évoqué le fait de mettre d’autres vêtements, dans un autre contexte, les sous-vêtements… S’il faut en croire Gaufmann, il a beaucoup à reprendre le modèle de théatralisation permanente.

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